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PropTech2025 — aujourd'hui

Inverser le modèle de l'intermédiation immobilière

Référencer la demande qualifiée plutôt que l'offre, sur un marché où 80 % des contacts reçus par une agence sont inutilisables.

Rôle
CTO & co-fondateur
Période
2025 — aujourd'hui
Travaux
Alacasa SAS
  • Stratégie
  • IA
  • Produit
  • Go-to-market

80 %

des contacts reçus par une agence indépendante ne sont pas qualifiés

Contexte

Le marché immobilier français représente environ un million de transactions par an, pour une valeur dépassant 250 milliards d’euros. Il compte plus de 25 000 agences, dont 75 % de structures indépendantes — de une à cinq personnes, avec un budget marketing contraint.

Nous ciblons PACA et Occitanie : 160 000 transactions annuelles, 51,5 milliards d’euros de valeur de marché, 4 669 agences indépendantes.

Tous les acteurs établis — SeLoger, LeBonCoin, PAP — fonctionnent sur le même principe : ils référencent l’offre. Deux millions et demi d’annonces en ligne, un même bien présent sur cinq sites, et aucune vision consolidée de la demande.

Diagnostic

Côté acheteur

Trente à cinquante annonces consultées avant la première visite, cinq à huit sites parcourus en parallèle, trois semaines entre le début de la recherche et le premier contact avec une agence. Les filtres disponibles sont strictement explicites — prix, surface, ville — et structurellement incapables de capter ce qui décide réellement d’un achat : le charme, l’authenticité, une vue dégagée, le caractère d’un lieu.

Côté agence

Une agence indépendante dépense en moyenne 680 € par mois en abonnements aux portails. Pour 80 % de contacts non qualifiés. Le retour sur investissement est très faible, et cette dépense est subie plutôt que choisie : sans les portails, il n’y a pas de visibilité.

Cause racine

Les deux problèmes n’en font qu’un. Le marché reste indexé sur l’offre alors que la rareté a changé de camp : la demande progresse de 13,9 % face à une offre qui se contracte de 2,7 %. Ce qui est rare aujourd’hui, ce n’est plus le bien — c’est l’acheteur sérieux, au budget validé et au projet mûr.

Tant que la plateforme indexe l’offre, elle vend aux agences le droit d’accéder à un bruit qu’elle a elle-même produit.

Leviers

01 — Inverser l’index : référencer la demande

Bénéfice business : transformer un coût d’acquisition subi par les agences en un flux de contacts déjà qualifiés.

Construire la première base de données d’acheteurs qualifiés plutôt qu’un catalogue d’annonces supplémentaire. Le modèle est B2B2C : les acheteurs créent un profil enrichi, les agences accèdent à des contacts dont le projet est déjà caractérisé.

02 — Capter les critères implicites par l’IA

Bénéfice business : une qualité d’appariement supérieure, donc un taux de conversion qui justifie l’abonnement.

Le profil acheteur combine les critères explicites et les préférences implicites détectées par le modèle. C’est là que se situe l’avantage défendable : plus la base d’acheteurs grandit, meilleure devient la compréhension des critères, et plus la qualité des appariements s’améliore pour tout le monde.

03 — Choisir une niche défendable plutôt qu’un marché large

Bénéfice business : éviter une confrontation frontale avec des généralistes disposant de budgets sans commune mesure.

Le positionnement retenu est « Sud + atypique » : mas provençaux, bastides, maisons de maître, propriétés de caractère. Un segment estimé entre 8 et 12 % du marché, structurellement mal servi par des filtres standardisés — et où le critère implicite pèse le plus lourd. S’y ajoutent les résidences secondaires, en croissance de 18 % depuis 2020.

Trajectoire

Le déploiement suit trois phases, et leur ordre n’est pas négociable. Une place de marché à deux versants ne se monétise pas avant d’avoir de la liquidité : commencer par facturer, c’est garantir de n’avoir ni acheteurs ni agences.

  1. Liquidité — gratuité pour construire la base d’acheteurs qualifiés et amorcer l’effet de réseau.
  2. Monétisation légère — introduction d’un abonnement une fois la valeur démontrée côté agence.
  3. Maturité — élargissement de l’offre et du périmètre géographique.

Où en est le projet

Le projet est en construction. À ce stade, les livrables produits sont une analyse business complète de cinquante pages — étude de marché, segmentation, analyse concurrentielle, modèle économique, stratégie go-to-market, matrice de risques — et l’architecture technique et produit de la plateforme.

Mon rôle porte sur la technologie, le produit et l’IA. Mon associé Kilian Codaccioni, CEO, pilote la stratégie commerciale et le développement business.

Ce que j’en retire

Un diagnostic solide se reconnaît à ce qu’il unifie deux problèmes qui semblaient distincts. La frustration des acheteurs et le gâchis budgétaire des agences sont le même symptôme, vu des deux côtés du marché. Tant qu’on les traite séparément, on produit deux demi-solutions.

Un modèle à deux versants impose un ordre. Il ne suffit pas d’avoir les bonnes phases, il faut les faire dans le bon sens — et savoir résister à la tentation de monétiser trop tôt.

Faire passer une intuition de marché jusqu’au schéma de base de données change la façon de conseiller. Quand on a soi-même arbitré entre ce qui est stratégiquement souhaitable et ce qui est techniquement finançable, on formule des recommandations différentes.